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Basilique Saint-Julien à Brioude

Basilique Saint-Julien à Brioude

  • 2008
  • Rue Notre Dame, 43100 Brioude

Entrée libre – Tous les jours de 9h à 12h et de 14h à 17h30

Renseignements : 04.71.74.97.49

Le vote final, survenu en avril 2006, retint le Père Kim et les ateliers Loire

Les 37 baies, créées par le Père Kim, se répartissent entre la nef et le narthex : côté nord, 6 baies hautes de la nef et 9 baies de bas-côtés, côté sud, 6 baies hautes et 7 baies de bas-côté, et à l’ouest, 6 baies basses et 3 à la tribune.

Le peintre, dans sa réponse au concours, a déclaré avoir intégré dans le programme la dimension typologique chartraine des quatre grand prophètes et Évangélistes

Discours du Père Kim En Joong lors de l’inauguration des vitraux de la Basilique de Brioude

 » Travailler sur le vitrail, c’était pour moi, pratiquer la sainteté, pouvoir pénétrer au cœur du mystère. A travers le travail du vitrail, j’ai mieux compris le sens de l’incarnation. Comme vous le voyez, le rayon de soleil pénètre et fait chanter la pierre sans casser la vitre. Ainsi, le Christ est incarné sans violence. Au début, lorsque j’ai été reçu comme candidat pour réaliser les vitraux de cette basilique, cela m’a paru la mer à boire. Un tel édifice, si beau, si harmonieux… qu’est-ce que je pouvais faire si Dieu n’existait pas ? Ce bâtiment c’est déjà quelque chose. Je me suis dit que je ne pouvais pas faire une décoration pour plaire à tout le monde. S’il n’y a pas de continuité cela ne vaut rien. Je n’ai pas cherché une représentation de ma propre représentation. Ce n’est pas l’apparence qui est importante, mais ce qui est à intérieur. Nous sommes invités chaque jour à quitter les ténèbres pour la lumière.

Alors, en travaillant sur chaque vitrail, j’ai pensé laisser des accords pour monter a aller plus loin, vers le ciel. Notre vie est faite pour la demeure éternelle ; les vitraux doivent donc donner un sens, le sens de la paix , de la joie. La définition de la beauté est l’ordre et l’harmonie, autrement, ce n’est plus de l’art. L’art est là pour rendre la vérité, comme le Christ a dit : « La vérité nous libérera. »

Ma source dans ce travail, c’était avant tout la lumière de la cathédrale de Chartres, et, pour cette basilique, ce fut aussi le Christ lépreux. Pour moi, ce Christ lépreux est la plus belle œuvre du monde entier. Il y a à la fois la figuration et l’abstraction. En réalité, le mot abstraction n’existe pas. Tout est réalité. Au contraire, c’est l’apparence qui peut être abstraite. Mon but est de contempler et pénétrer au sein d’un mystère, et de faire sortir quelque chose. Tout le monde a une certaine nostalgie de la source. Un dicton d’Extrême-Orient dit : « Si tu bois un verre, pense à la source. » Donc, comme nous devons tous revenir à l’ évangile, « Sois croyant ou non-croyant parce que l’ évangile c’est pour l’amour », je voudrais revenir à la source. Comme sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, ma vocation c’est aimer : « Je voudrais aimer jusqu’ à ma mort. »

Je me permets de vous dire combien notre collaboration a été extraordinaire. Tout s’est idéalement passé avec la mairie, la paroisse, l’équipe de Chartres. Tout ce que vous voyez, je ne l’ai pas fait tout seul, mais je dois avouer qu’en bâtissant j’ai senti une puissance d’en haut me pousser.

A cette occasion, je voudrais particulièrement remercier le père Cuny, de la Mission étrangère de Paris, qui a fait quatre cents kilomètres et a « abandonné » des personnes âgées et malades pour être ici. C’est lui qui m’a accueilli comme un bon samaritain lorsque j’étais un « sans papier ». Je veux aussi remercier le père suisse qui m’a introduit dans l’ordre, et le père Nicolas Jean Sed sans qui ce bel ouvrage de la Basilique n’aurait pu exister. Je vous remercie tous.

C’est grâce aux prières que j’ai fait cela.

Et puis, je voudrais aller plus loin, le plus loin possible, comme Jean-Paul, car ce qui est important maintenant, ce n’est pas de provuer sonpouvoir en divisant les autres, mais au contraire de rechercher l’universalité. En Dieu, il n’y a pas de divisions, il n’y que l’unité ; ni démagogie, ni apparence, mais la réalité qui est aussi la splendeur divine.

Merci. « 

Discours d’inauguration des vitraux de la Basilique, par Bruno Loire Maître Verrier, juin 2009

 » Je suis chartrain, petit-fils de Gabriel Loire qui a créé l’atelier en 1946 pour la réalisation des vitraux qu’il dessinait. Notre atelier a maintenant plus de 60 ans et j’y travaille avec mon frère Hervé et mon père Jacques entouré d’une équipe d’une dizaine de compagnons.

En plus des créations « Loire » nous accueillons des artistes pour la réalisation de leurs œuvres. C’est ainsi que le Père Kim vient à Chartres depuis plus de douze ans pour réaliser dans notre ateliers des vitraux qu’il a conçus pour une vingtaine d’édifices.

Pour la Basilique Saint-Julien de Brioude la démarche et la technique sont assez particulières. A la remise du projet lors du concours en mars 2006 la réalisation était prévue en technique traditionnelle : verre de couleur dont certains plaqués attaqués à l’acide, sertis de plomb accompagné d’un travail de peinture sur ce verre de couleur ou sur verre incolore comme le Père Kim l’avait fait précédemment dans plusieurs églises.

Après une longue phase d’étude, de mise au point, de panneaux échantillons mis en place dans la basilique et après de nombreux et riches échanges constructifs avec l’ensemble du jury et notamment l’architecte des Monuments historiques Monsieur Manciulescu, nous sommes arrivés à la solution que vous avez aujourd’hui sous les yeux : des vitraux réalisés uniquement en peinture sur verre.

La technique de peinture sur verre existe depuis le Moyen Age. Les vitraux du XIIème et XIIIème siècle de la cathédrale de Chartres sont réalisés à partir de verres de couleurs sur lesquels le maître verrier est venu peindre avec des grisailles avant de les sertir par du plomb.

Les vitraux du XIXème siècle qui sont derrière moi dans le chœur de la basilique sont également réalisés avec des peintures sur verre de couleurs : grisaille, émaux, jaune d’argent.

Le Père Kim a utilisé les jaunes d’argent, émaux et grisailles en les versants, en les peignant sur le verre comme au Moyen Age. Mais ce qui a changé par rapport à cette époque, c’est la nature du support : nous avons maintenant des verres incolores de grandes dimensions et nous avons des grands fours de cuisson électrique programmable en degré à la minute près pour vitrifier les émaux ce qui facilite les choses par rapport à nos ancêtres du moyen âge qui avaient des fours à bois dont la cuisson était plus difficilement maîtrisable.

Pour Brioude la totalité des baies du Père Kim est réalisée en verre à vitre incolore de 6 mm d’épaisseur.

Après la restauration ou le remplacement des barlotières (serrurerie qui divise les baies en une douzaine de panneaux) nous avons pris les mesures et gabarits de ces différents panneaux.

Puis, en atelier, nous avons coupé les verres incolores de 6 mm que nous avons posés au sol pour que l’artiste puisse peindre avec ses grands pinceaux de calligraphe. Une fois la peinture séchée les verres sont présentés à la verticale en pleine lumière pour les corrections et ajouts éventuels. Puis ils sont mis dans les fours pour cuisson à 670° qui vitrifie les émaux. 4 à 5 interventions de l’artiste sur le même verre donc 4 à 5 cuissons successives ont été faites.

A la température de 670° les émaux se vitrifient et le verre de 6 mm commence à se ramollir et à se déformer légèrement. Ce léger thermoformage a été recherché de façon à avoir une « matière » visible de l’extérieur. Matière tout à fait différente du verre industriel lisse et brillant peu compatible avec l’aspect extérieur de la basilique.

Pour améliorer la lecture de l’œuvre tant de l’intérieur que de l’extérieur, un dépoli a été pulvérisé sur la plupart des vitraux. Ce dépoli : une grisaille blanche incolore permet de diffuser la lumière et d’atténuer la grande transparence de certaines baies qui était très désagréable car les bâtiments extérieurs étaient trop visibles de l’intérieur.

La pose des vitraux s’est faite de façon très classique sur les ferrures et dans la maçonnerie. Cependant, une innovation technique, la trempe qui sécurise les verres et limite les risques de casse mécanique a permis d’éviter de mettre des grillages de protection qui sont toujours gênants esthétiquement (vision directe ou ombre projetée).

Pour revenir à la réalisation en atelier avec le Père Kim, nous avons étudié ensemble chacune des maquettes échelle 1/10 pour choisir les couleurs (émaux, grisailles, céments) et la façon de les interpréter.

Le Père Kim a réalisé seul le travail de peinture sur verre gardant ainsi la responsabilité de l’interprétation de sa maquette.

Mon rôle était également de veiller à ce que l’artiste ne s’éloigne pas trop du dessin d’origine tant en couleur qu’en graphisme. C’est donc un travail de collaboration de dialogue que nous avons mené pendant deux ans pour venir à bout de ces 36 baies. »